Des rêves de France
L’Arménie.
C’est un nom qui nous évoque finalement peu de choses. Un génocide. Aznavour.
J’ai sorti une carte, cherché un moment.
Arménie.
Un petit morceau de terre, coincé entre des morceaux plus grands, sans existence réelle, sans identité, sans visage.
Arménie.
Ils ont espéré longtemps, attendu, prié Dieu, supplié les hommes, pleuré et attendu encore. Ils le voulaient, leur rêve de France.
Ils ont quitté l’Arménie, pris des routes, marché, du sang sur les pieds, des images plein la tête.
Un appartement, une maison, peut-être un jardin. Un jour – qui sait ? - une voiture. La télévision, pour les enfants. Une vie entière de travail pour qu’eux, leurs enfants, puissent peut-être, un jour, connaître une vie meilleure que la leur.
Ils ont atteint la France, leur France, celle qu’ils avaient méritée, gagnée de leur sueur et de leur souffrance.
Leurs enfants ont connu l’école. Ils ont eu une chambre, avec un lit. Une peluche.
C’était une petite fille. 5 ans. Une petite arménienne. Une petite française. Une enfant.
Je ne connais pas son nom. Je n’ai pas vu ses yeux. Je ne sais pas ses rêves, ses rêves de France, ses rêves d’enfant. J’ai simplement vu la tâche s’étaler là, sur la route, rouge comme toute la douleur du monde.
Trente ans d’espoir et de rêves de France.
Cinq ans d’amour.
Quinze jours de France.
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