Partager l'article ! Dans le noir: Dans le noir Les arbres n’ont plus de feuilles et je ne les ai pas vus tomber. (V. Brac) ...
Voici un lien vers mon Livre d'Or : n'hésitez pas à me faire part de vos impressions...
Dans le noir
Les arbres n’ont plus de feuilles et je ne les ai pas vus tomber. (V. Brac)
Tu ne peux pas partir déjà, alors que je ne sais même pas si tu mets du lait dans ton café le matin. Tu as frôlé ma joue quand j’ai dit ça, mais du bout du doigt. Je n’en mets pas, tu m’as dit.
Tu as souri, et j’ai senti froid, froid à l’intérieur de moi, comme si je respirais de la glace pilée. Le froid dans ma gorge ne me lâchait plus, descendait jusqu’à la moelle de mes os et j’ai
senti la douleur se cristalliser sous mes paupières. Pourtant je me l’étais dit dès le début. Si jamais un jour, j’attrape le besoin de lui… J’aurai dû fuir, fuir dès le début, dès que j’ai senti
que cette fois j’attrapais le besoin de toi.
Je ne crois plus en l’amour. Une déception après l’autre. Jusqu’à la rupture.
Jusqu’à la désillusion. La dernière. Dans ce monde, personne ne sait plus ce qu’il veut, qui il veut. Personne ne connaît plus vraiment le sens du mot aimer. Ce don jusqu’au bout de l’âme.
Jusqu’au rêve. Qui finit toujours par une chute. De plus en plus brutale à chaque fois qu’on y croit un peu plus. Se promettre à la fin de chaque histoire que c’était la dernière. Ne plus être
blessée. Ne plus être déçue. Ne plus regarder cette petite mort de l’espoir au fond de ses propres yeux dans le miroir, quand tout est fini. Quand il ne reste plus rien que des regrets. Se dire
que c’est du gâchis. Que ça aurait mérité autre chose. Mais existe-il une autre fin ? Dans ce monde où la durée de vie des couples réduit chaque année. Où on ne se marie plus en se disant
que ça durera toujours. Où il n’existe plus de « toujours ». Où l’amour est un produit de consommation comme les autres, en vente partout, sous un autre nom. Nouvelles promesses qui ne
mènent qu’à de nouvelles désillusions.
Le rêve un peu fou et qu’on sait d’avance vain. Si la prochaine femme qui passe la porte
est blonde. Si j’ouvre les volets et qu’il fait beau. Si mon ticket à gratter est gagnant. Il reviendra. Et finalement, quand la blonde entre, quand le soleil m’éclabousse le visage,
quand le buraliste me tend mes dix euros, me rendre compte que je n’y ai jamais vraiment cru. Pas une seconde. Juste le temps de penser la phrase. Au fond, savoir que ça n’arrivera pas. Et puis
se dire qu’être avec toi, c’est comme de jouer au démineur : même quand tout paraît simple, tout peut vous péter à la gueule en moins d’une seconde. Surtout si ça a l’air
simple.
Le premier « Je t’aime », qui finit dans les larmes alors que mon cœur se serrait de peur. La première nuit
d’amour où tu t’enfuis comme un voleur alors que je voulais seulement m’endormir dans tes bras. Toutes les premières fois qu’un couple a à traverser et qui paraissent insurmontables pour
nous.
Et puis nos discussions qui ressemblent de plus en plus à des disputes à force de ne pas se comprendre. Ne plus chercher
à anticiper tes réactions. Ne plus même attendre de réaction.
Ne jamais se comprendre. T’aimer toujours, mais si mal, et pour
rien. T’aimer pour rien. Puisque tu ne peux supporter l’existence de cet amour qui te pèse comme une responsabilité. Comme la mort de la liberté.
Alors ouvrir la main et attendre. Et puis un jour, enfin, te regarder t’envoler.
Je te dois mes plus belles nuits d’insomnie. Quelques crises d’anorexie aussi. Des yeux cernés et des jeans trop grands.
Dans le noir, j’écoute l’affreux bruit de raclement de mes ongles sur l’oreiller vide à mes côtés. Ce qui me manque le plus, c’est tes bras autour de
moi, avant de tomber dans le sommeil. Ce sommeil que je cherche si désespérément aujourd’hui mais qui ne m’apporte pas l’oubli que je souhaite.
Vérifier trente fois par jour que mon téléphone marche bien et si, non, c’est sûr, je n’ai pas de message sur mon répondeur, me rendant un peu de ta
voix, un peu de ta vie.
Ecouter le bruit de ma respiration dans le noir sans sentir ta main dans mon dos y cherchant ma peau, ma chaleur, cette douceur particulière que tu disais trouver là.
Oublier doucement, tout doucement, la couleur de tes yeux et ton odeur, ta façon de rire qui me plaisait tant, tes idées politiques d’adolescent, le
goût de ta peau et le soleil fondu dans ton sourire.
Passer mes journées à écrire, la plume en feu ; et mes nuits à
essayer de chasser le cauchemar qui me colle au cerveau. Me répéter sans cesse que vous êtes tous pareils. Que vous ne savez pas ce que vous voulez et heureusement car si vous arriviez à
l’obtenir vous n’en voudriez plus. Ce genre de conneries.
Commencer à ne plus même vouloir te reconquérir un jour. Ne plus
imaginer passer encore une nuit avec toi. Me persuader doucement, tout doucement, que c’est mieux comme ça, comme disent les autres. Que finalement, tu n’étais pas fait pour moi, qu’on était trop
différents. Et puis, enfin, sentir mon cœur accélérer quand je t’appelle sans jamais te parler, compter les sonneries jusqu’à ce que tu décroches et raccrocher sans bruit, sans un mot, avant
d’éclater en sanglots.
Me faire croire que je n’ai pas vraiment été amoureuse de toi, que je ne dois plus l’être, à
présent.
Et puis me relever à deux heures du matin, chercher du papier et t’écrire cette lettre que tu ne liras
jamais.
Juste pour te dire encore une fois que je t’aime, toi qui ne penses plus
à moi. Et éteindre à nouveau la lumière, pour ne plus sentir que le noir.