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Chapitre XII : Les Monts Ouardens.
Le dragonneau avait beaucoup grandi depuis le jour de son éclosion. Il faisait à présent environ la taille d’un agnelet. Séléné ne cessait de le contempler. Elle pouvait déjà percevoir sa présence, son esprit, mais ne captait pas encore ses pensées, même si elle en avait très envie. Atalante lui avait certifié que ça viendrait avec le temps, l’évolution du dragon et de leur propre relation. Séléné était confiante, mais impatiente. Elle parlait régulièrement à la créature, caressant du doigt une écaille sur le dessus de sa tête. Elle ne le laissait jamais seul. Elle s’arrangeait même pour qu’il grimpe sur le pommeau de la selle de son cheval, lors de ses leçons d’équitation. Elle se débrouillait de mieux en mieux dans ce domaine. Dans de nombreux domaines d’ailleurs. Son corps s’était musclé. Son esprit était éveillé, et elle parlait dès à présent l’elfique avec une certaine aisance. Cela lui avait été utile pour trouver le bon nom pour son dragonneau… Elle maniait avec la même facilité l’arc et l’épée. Quelle était la prochaine étape ? Séléné s’interrogeait. Atalante lui avait parlé d’un nouveau cours, quelque chose de difficile et donc, de passionnant pour un esprit toujours en quête de défis, comme le sien. Marchant au rythme des pas du dragonneau, qu’il lui était difficile de porter sur l’épaule depuis qu’il avait tant grandi, elle sortit rejoindre Atalante. Celle-ci l’attendait, tenant d’une main les rênes de leurs chevaux. Juchant Giavolm – L’Obstiné en elfique - sur le pommeau de la selle d’Iogoden, Séléné se plaça à côté de son instructrice.
- Bonjour, Atalante. Alors, que faisons-nous ce matin ?
L’Esgale sourit : chaque jour commençait par ce rituel. D’un signe, elle désigna les silhouettes sombres des Monts Ouardens, dans le lointain.
- C’est là que nous allons. Mais l’important n’est pas tant le lieu que ce que nous y trouverons…
Les yeux de Séléné s’étrécirent. Jamais elles ne s’étaient rendues si loin de la Citadelle, de la présence rassurante du peuple d’Esgales qui s’y trouvait. Et que découvriraient-elles là-bas ? Le cœur battant, Séléné enfourcha son cheval.
Le paysage défilait, les abords connus de la Citadelle laissant place à des chemins caillouteux, entourés de forêts. Iogoden progressait de plus en plus difficilement sur les pentes escarpées. Le souffle des deux chevaux qui peinaient rythmait les pensées de la jeune fille. Le dragonneau quant à lui observait avec intérêt tout ce qui les entourait. Les arbres étaient immenses, d’un vert sombre presque noir. Les frondaisons semblaient comme un couvercle sur leurs têtes. L’air lui-même paraissait s’épaissir. Séléné était mal à l’aise, la main sur le fourreau de son épée, l’esprit aux aguets. C’était un endroit parfait pour tendre un piège. Derrière cette souche, par exemple, un ennemi aurait très bien pu se glisser. Atalante, elle, paraissait imperturbable. Son visage serein n’apaisait pas Séléné. Et le chemin ne cessait de serpenter à travers la montagne, montant sans cesse. La jeune fille passa la main dans le pelage ras d’Iogoden. Le cheval était trempé de sueur. Atalante surprit le geste de son élève.
- C’est parfait. Nous allons nous arrêter ici.
Séléné, stupéfaite, jeta un regard circulaire autour d’elle. Rien ne semblait digne de la traversée qu’elles venaient de faire. Atalante était déjà descendue de cheval et attendait visiblement que la jeune fille en fasse autant. Séléné sauta à terre, le regard empli de doute.
- Les chevaux s’arrêtent là. Nous continuons à pied.
Atalante nouait déjà les rênes à un arbre proche du chemin. Séléné caressa lentement Iogoden.
- Ne craignent-ils rien, seuls ici ?
- Tout va bien, mais ils ne doivent pas aller plus loin. Tu vas comprendre…
Séléné descendit le dragonneau de la selle. Atalante eut un sourire. Tous trois commencèrent alors leur lente ascension.
Atentis était en colère. Très en colère. L’Euménide, malgré ses longues recherches, n’avait pu remettre la main sur le garçon. Elle avait payé son échec de sa vie. Un coup de tonnerre éclata. Le ciel se zébra, l’horizon noyé. Atentis serra le poing. Il fallait qu’il se rende sur place lui-même. Il reniflerait leur piste. Il les retrouverait. Il tuerait le garçon devant son maître. Puis se vengerait de l’Ancien Affront sur celui-ci…
- Est-ce encore loin, Atalante ?
L’Esgale sourit. Elles n’avaient pas prononcé un mot depuis une bonne heure, depuis qu’elles avaient attaché et laissé sur place leurs chevaux.
- On y est presque…
Le dragonneau gazouillait, trottant sur ses courtes pattes. Atalante l’observa un moment, puis tourna son regard sans iris vers la falaise au dessus d’elles. D’un geste de la main, elle désigna une sorte d’escarpement au milieu du massif rocheux.
- C’est là… Il va falloir grimper maintenant.
Séléné eut un regard soucieux vers Giavolm. Jamais elle n’arriverait à escalader le morceau de falaise avec le dragonneau sur le dos. Atalante sembla suivre ses pensées.
- Je m’en occuperai. Passe devant.
Prenant une longue bouffée d’air, Séléné chercha sa première prise.
Séléné était épuisée, mais elle pouvait apercevoir l’escarpement qu’Atalante avait désigné. Chaque mouvement la rapprochait de son but et il n’était pas question pour elle d’abandonner. Elle se refusa le droit de regarder en contrebas où en était Atalante, le dragonneau dans une sorte de sac en toile contre son dos. Encore quelques mètres, et elle se hisserait sur le fin plateau. Encore quelques mètres, et elle pourrait raisonnablement chercher des yeux son dragonneau. Elle ne se faisait aucun souci pour Atalante. L’Esgale était très forte, bien plus qu’elle ne l’était elle-même, du moins, pour le moment. Les dents serrés, Séléné franchit le dernier obstacle et se hissa sur l’escarpement. La respiration haletante, elle roula sur le dos. Elle jeta un bref coup d’œil autour d’elle, à la recherche d’un danger éventuel, et reporta immédiatement son attention sur l’étrange duo qui terminait également l’ascension. Atalante se déplaçait avec facilité, comme si le poids dans son dos était négligeable. Elle trouvait les prises utiles, progressant rapidement contre la paroi rocheuse. En un geste, elle était à côté de Séléné. Déjà, elle libérait le dragonneau. Celui-ci gambada gaiement jusqu’à la jeune fille, inconscient du danger qu’il venait d’éviter. Séléné le serra dans ses bras, jetant un bref regard en contrebas. La distance lui parut saisissante. Atalante s’était éloignée, sortant de son sac différents objets. Séléné s’approcha. L’Esgale semblait dresser une sorte de tente. Allaient-elles dormir ici ? La pensée de la descente à venir ne réconfortait pas Séléné. L’Esgale lui sourit et lui tendit une tasse emplie d’un liquide fumant. La jeune fille but avec reconnaissance le thé que son instructrice lui offrait. Elle s’assit un moment, le dos contre la paroi rocheuse. Elle était trop fatiguée pour réfléchir. Déjà, le soir tombait. Atalante déroula deux paillasses, alluma un feu avec une sorte de pierre qu’elle frotta avec deux doigts. Au bout de quelques minutes, une délicieuse odeur envahit la petite grotte. Séléné dévora son repas et s’endormit aussitôt, le dragonneau roulé en boule contre elle. Atalante, elle, mit de longues minutes à s’endormir, l’inquiétude luttant dans son esprit avec les ordres qui lui avaient été donnés…
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